• Réciter et Mémoriser le Coran, Mais Aussi...

    La piété musulmane accorde une grande importance à la récitation du Coran. Les nécessités matérielles de la vie étant ce qu'elles sont, la musulmane et le musulman éprouvent un bien-être spirituel à venir régulièrement baigner dans la dimension particulière des versets de la Parole de Dieu. Quel doit être notre rapport au Coran ? Le réciter, le mémoriser, le psalmodier, bien sûr, mais est-ce tout ?

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    1. Réciter et mémoriser le texte coranique pour les récompenses qui y sont liées :

    La parole du Prophète (sur lui la paix) est bien connue : "Celui qui récite une lettre du Livre de Dieu acquiert une bonne action. Et chaque bonne action en vaut dix…" (rapporté par at-Tirmidhî, 2910). Le Prophète lui-même aimait d'ailleurs réciter le Coran, et l'entendre être récité par d'autres.

    Il attachait également une grande importance à la mémorisation de passages du Coran. Cela notamment pour les besoins de l'accomplissement des cinq prières quotidiennes (où le Coran est récité) et pour la nécessité de posséder "en son intérieur quelque chose de la parole de Dieu", afin de ne pas "ressembler à une maison en ruines" (selon le hadîth rapporté par at-Tirmidhî, 2913).

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    2. Réciter certains versets particuliers pour la bénédiction et la protection qui y sont attachées :

    Il est des versets dans le Coran dont le Prophète a dit que leur récitation apportait telle bénédiction, ou telle protection. Ainsi, à propos du verset du Trône (âyat ul-kursî), le Prophète a approuvé la parole disant que, pour celui qui récitait ce verset la nuit Dieu enverrait un ange et que nul démon ne pourrait l'approcher jusqu'au matin (rapporté par al-Bukhârî, 3101).

    Peut-on écrire ces versets et les suspendre à son bras ? Les avis sont divergents sur le sujet : certains savants pensent que cela est permis, d'autres que non (voir Kitâb ut-tawhîd). Ibn Taymiyya pense que cela est autorisé (Majmû' ul-fatâwâ, tome 19 pp. 64-65). Il faut néanmoins se souvenir – pour ceux qui partagent l'avis disant que cela est permis – qu'il est nécessaire de ne pas diriger sa confiance sur le feuillet ainsi constitué, cette confiance devant être placée en Dieu.

    De même, la récitation de la sourate al-Fâtiha sert comme remède (le hadîth est bien connu), notamment face aux mauvais oeil ou aux sorts.

    Il en est de même de la récitation des deux dernières sourates coraniques, al-Falaq et an-Nâs (le hadîth est tout aussi connu).

    Cheikh Thânwî rappelle que c'est là un effet de la Parole de Dieu, ce n'en est pas l'objectif principal, lequel reste la guidance (Ashraf ul-'amaliyyât, p. 36). 

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    3. Soigner sa récitation :

    On ne peut cependant pas réciter le Coran avec comme seul objectif devant soi le décompte des bonnes actions accumulées par lettre prononcée ou l'acquisition de telle bénédiction. Le Prophète avait également montré l'exemple de quelqu'un qui soignait sa récitation.

    En effet, le Prophète faisait du Coran une récitation où chaque lettre apparaissait clairement (rapporté par Abû Dâoûd, 1466), où l'allongement de la voix sur chaque voyelle longue était observé (rapporté par al-Bukhârî, 4759), et où les assonances des extrémités des versets étaient mises en valeur par l'arrêt systématique sur chacun de ces versets (rapporté par at-Tirmidhî, 2927).

    Le Prophète avait également recommandé que l'on mette davantage encore en exergue la beauté du texte coranique par le moyen de la beauté naturelle de sa voix : "Embellissez par vos voix la (récitation que vous faites du) Coran" (rapporté par Abû Dâoûd, 1468). Et il avait fait les éloges de Abû Mûssâ pour la qualité de sa psalmodie du Coran (rapporté par al-Bukhârî, 4761, Muslim 793, at-Tirmidhî 3855, an-Nassâ'ï 1019, 1021), de même que celles de Sâlim (rapporté par Ibn Mâja). Il était d'ailleurs arrivé que lui-même insuffle différentes tonalités à une même voyelle longue : "â-â-â" (rapporté par al-Bukhârî, 7102). Un de ses Compagnons raconte : "Je me souviens avoir entendu le Prophète réciter la sourate at-Tîn pendant la prière du soir ; je n'ai jamais entendu une plus belle voix – ou : récitation – que la sienne" (rapporté par al-Bukhârî, 7107, et Muslim). Une récitation du Coran, oui donc, mais soignée et psalmodiée.

    Ibn Hajar écrit qu'adopter le meilleur de sa voir lors de la récitation du Coran est souhaitable à l'unanimité ; et que par contre il y a divergence entre ulémas quant au fait d'adopter alors un style de "mélodie" (Fat'h ul-bârî 9/91). Lui-même écrit : "Il n'y a pas de doute que les âmes penchent plus vers le fait d'écouter la récitation faite avec tarannum, que vers (celle) de celui qui ne fait pas de tarannum, car cette tatrîb fait un effet sur l'attendrissement du cœur et le fait de faire couler les larmes" (Ibid.). 

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    4. Imprégner son cœur et faire travailler sa raison :

    Ici encore, cependant, on ne peut faire du seul embellissement vocal de sa récitation le début et la fin de son rapport au Coran. On ne peut pas limiter notre rapport au Coran à la seule dimension vocale (perfection sur le plan technique, beauté sur le plan artistique, et c'est tout). Or, de nombreux musulmans s'arrêtent à cette marche de l'escalier. Pour eux, leur enfant doit connaître le plus de sourates par cœur, réciter le verset du Trône chaque soir avant de s'endormir, et psalmodier le Coran lors de la salât ut-tarâwîh ou des compétitions nationales et internationales. Ces parents croient que par le seul fait de réciter, de mémoriser et de psalmodier le Coran, leur enfant deviendra un pieux musulman. La dimension spirituelle de la récitation du Coran ? "Secondaire." Mon enfant critique-t-il – par ignorance – des enseignements présents dans le Coran ? "Bah, l'époque a bien changé. Mais pourvu qu'il ait une belle voix lorsqu'il récite par cœur le texte coranique." Le reste ? "Bof, pas le temps, il a tant d'autres choses à faire." Etrange façon d'établir les priorités entre ce qui, en islam, est secondaire et ce qui est primordial.

    "De tous les hommes, lequel a la plus belle voix lors de la récitation du Coran, et fait la meilleure récitation ?" demanda-t-on un jour au Prophète. "C'est celui qui, lorsque tu l'entends faire cette récitation, tu ressens qu'il craint Dieu" (rapporté par ad-Dârimî, 3353, une version voisine a été authentifié par al-Albânî in Sifatu salât in-nabiy sallallâhu 'alayhi wa sallam, p. 93). Témoignage direct de la Présence de Dieu, le Coran ne peut que rappeler cette présence. "Rappelle-nous notre Seigneur" disait parfois Omar ibn ul-Khattâb à Abû Mûssâ, et celui-ci se mettait alors à réciter le Coran (Zâd ul-ma'âd, 1/486). Car le Coran est un lien, un trait d'union entre le Créateur et le serviteur.

    Un lien car d'une part le serviteur écoute et entend ce qui est véritablement "la Parole de Dieu" ; et que d'autre part Dieu écoute attentivement celui qui récite le Coran d'une belle voix (le hadîth rapporté par al-Bukhârî, 4735, 4736, 7105, 7044, et Muslim, 792, parle d'un prophète ; celui rapporté par Ibn Mâja, 1340, parle de l'homme en général ; d'après un des deux commentaires, le verbe ayant été employé dans ces hadîths provient de "adhan", qui signifie : "écouter", et non de "idhn", qui signifie : "permettre" : FB 9/87). Cependant, c'est au lecteur qu'il revient de se mettre dans les dispositions voulues pour que le fait de réciter le Coran produise sur lui son effet de lien avec le Créateur.

    Ainsi, à quelqu'un venu lui raconter qu'il avait lu toutes les sourates de la catégorie "mufassal" en une nuit, Ibn Mas'ûd fit comme remarque : "En les récitant comme on récite des vers ? Des gens réciteront le Coran, cela ne dépassera pas leur clavicule ; mais c'est lorsque cela tombe dans le cœur puis s'y enracine que cela est profitable" (Muslim 822, Ahmad ; une partie de ce propos est rapporté par al-Bukhârî, 742).

    C'est au contraire pour la réalisation de cet objectif qu'il est demandé d'invoquer la protection divine contre Satan et ses effets avant de débuter la récitation du Coran. C'est également pourquoi il est recommandé de se purifier la bouche avant de commencer cette récitation. Et c'est probablement encore pourquoi as-Suyûti a écrit qu'il était bon que le lecteur soit assis : il pourra alors mieux se concentrer. Il faut cependant se souvenir que rien n'interdit la récitation du Coran dans d'autres situations, car il est prouvé du Prophète qu'il l'a faite debout et assis, avec et sans ablutions, et même sur sa monture.

    Il ne s'agit donc pas de faire une récitation certes parfaite sur le plan technique, mais qui ne va pas au-delà de la gorge (selon les mots d'un hadîth du Prophète rapporté par al-Bukhârî). Il s'agit de faire une récitation du Coran qui descende jusqu'au cœur et qui, alors, purifie celui-ci de ce qui s'y est déposé à cause des manquements, des erreurs, des oublis auxquels on se laisse aller dans la vie (selon le sens d'un hadîth dha'îf rapporté par al-Bayhaqî).

    Il s'agit de réciter le Coran avec psalmodie, profondeur et recueillement.

    En même temps que le cœur, la raison doit être éveillée lors de la récitation du Coran. C'est bien pourquoi le Prophète avait dit : "N'a pas compris celui qui récite tout le Coran en moins de trois jours" (rapporté par Abû Dâoûd). "Comprendre", c'est un acte de la raison. Il s'agit donc également de méditer le Coran. De le méditer pour le comprendre et pour agir en conséquence.

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    5. Pratiquer le Coran et intérioriser ses normes :

    Tout ce qui précède, le Prophète le faisait : il récitait le Coran, le psalmodiait, le méditait, le comprenait. Il ne faudrait cependant pas oublier que le Coran a été révélé avec l'objectif de servir de guide aux hommes. Il s'agit donc de se guider à la lumière de ses enseignements. Le Prophète n'a-t-il pas dit : "J'ai laissé parmi vous deux choses avec lesquelles vous ne vous égarerez jamais : le Livre de Dieu et ma Sunna" (rapporté par al-Hâkim). C'est pourquoi le Prophète pratiquait les enseignements du Coran.

    En fait, il faisait même plus que cela : il avait également intériorisé ce que dit le Coran. Au point que son épouse Aïcha, parlant de lui, pouvait dire : "Son caractère était le Coran" (rapporté par Muslim).

     

    Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

     


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